HUIT ROMANS EN LICE POUR LE PRIX NICE BAIE DES ANGES 2021

 

Huit romans ont été sélectionnés par les membres du jury du prix Nice Baie des Anges réunit à la Bibliothèque Romain Gary, ce lundi 14 juin, pour le rendez-vous annuel du prix littéraire de la Ville de Nice dédié au roman. Parrainé et doté par la cinquième ville de France ce prix qui célèbre son quart de siècle récompense un roman paru dans les douze mois précédant le Festival du Livre de Nice.
Le prix Nice baie des Anges sera attribué au lauréat (ou lauréate) 2021 le 30 août, puis remis le vendredi 17 septembre par Christian Estrosi, Maire de Nice, lors d’une cérémonie officielle en ouverture de la 25e édition du Festival du Livre qui se tiendra du 17 au 19 septembre sous le thème « Une certaine idée de la France » avec pour invité d’honneur Jacques Julliard.

La sélection :

Le corps d’origine, Jean-Luc BARRÉ (Grasset)
Le miel et l’amertume, Tahar BEN JELLOUN, de l’académie Goncourt (Gallimard)
Les yeux de Milos, Patrick GRAINVILLE (Seuil) 
Les trois vies de Suzana Baker, Philippe AMAR (Mazarine) 
Nés de la nuit, Caroline AUDIBERT (Plon) 
Et la peur continue, Mazarine PINGEOT (Mialet Barrault) 
L’enfer, Gaspard KOENIG (L’Observatoire)
La vie légale, Dominique DUPART (Actes Sud)

Le jury : Présidé par Franz-Olivier Giesbert, le jury réunit les écrivains, Paule Constant, de l’académie Goncourt, Irène FrainAurélie de GubernatisDidier van CauwelaertLaurent SeksikJean-Lug Gagliolo, Adjoint au maire de Nice et Nicolas Galup. Un jury de dix lecteurs, amoureux des livres et des mots, est également associé aux délibérations. Le lauréat sera annoncé le lundi 30 août.

Le Prix Nice Baie des Anges sera décerné le vendredi 17 septembre par le Maire de Nice, en ouverture de la 25e édition du Festival du Livre de Nice (17, 18 & 19 septembre 2021).

Depuis sa création en 1996, ce prix littéraire a couronné les romanciers : Patrick Renaudot, Raoul Mille, Franz-Olivier Giesbert, Gérard de Cortanze, Claude Imbert, Jean-Noël Pancrazi, Paula Jacques, Vénus Khoury-Ghata, Richard Millet, Eric Fottorino, Jean-Paul Enthoven, Didier van Cauwelaert, Saphia Azzeddine et René Frégni, Daniel Cordier, Laurent Seksik, Aurélie Hustin de Gubernatis, Romain Slocombe, Valérie Tong Cuong, Sylvain Tesson, Jérôme Garcin, Akli Tadjer, Barbara Israël, Jean Siccardi, Daniel Picouly.

LES HUIT LIVRES « COUP DE CŒUR » DES MEMBRES DU JURY

Franz-Olivier Giesbert, président du jury a sélectionné Le corps d’origine, de Jean-Luc BARRÉ (Grasset)

Familier des milieux du pouvoir, Jean-Luc Barré brosse dans Le corps d’origine le tableau saisissant d’un monde politique gangréné par l’imposture et l’hypocrisie. Il décrypte les mécanismes propres à ce genre d’affaires dont les exemples ne manquent pas dans l’histoire de notre république. Souvent les plus romanesques qui soient… 

Franz-Olivier GIESBERT

Depuis le début de sa carrière politique, Guillaume Roussel a triché sur presque tout : l’argent, le sexe, les idées. Tout est usurpé dans son image publique, à commencer par la rigueur des principes et la fidélité aux valeurs dont il se réclame. Elu député à trente cinq ans, devenu ministre de l’Intérieur à cinquante ans, avant de s’emparer de Matignon quatre ans plus tard. Ce qu’on appelle un parcours sans faute…
A cinquante-huit ans, tout destine Guillaume Roussel à remporter la prochaine élection présidentielle quand il est mis en cause dans l’assassinat d’un prostitué marocain.
Piégé par son cynisme, ses mensonges et ses contradictions, Roussel devient l’homme à abattre pour tous ceux, le président sortant en tête, qui avaient détecté son double jeu. Seul un coup de théâtre pourrait lui permettre de se sortir d’affaire…

Ecrivain, historien et directeur des Editions Bouquins, Jean-Luc Barré est l’auteur de plusieurs biographies, dont celle de François Mauriac, d’un récit politique, Ici, c’est Chirac (Fayard, 2019), tiré de ses expériences de mémorialiste auprès de l’ancien président, et d’un premier roman, Pervers, publié chez Grasset en 2018, plongée vertigineuse dans les abîmes de la création littéraire.

Paule Constant, de l’académie Goncourt, a sélectionné Le miel et l’amertume, de Tahar BEN JELLOUN, de l’académie Goncourt (Gallimard)

Une jeune fille se suicide, la famille est dévastée. C’est en lisant son journal intime que les parents de Samia découvriront qu’elle a été abusée. Leur regard sur leur entourage change, l’air est devenu irrespirable et le Maroc, terre du miel devient le pays amer des faux semblants. La lumière viendra d’un jeune immigré africain qui, ange bienveillant, pansera les blessures.

Paule CONSTANT, de l’académie Goncourt

Tanger, au début des années 2000. Un pédophile abuse de jeunes filles en leur faisant miroiter la publication de leurs poèmes dans son journal. Il agit en toute impunité, sans éveiller le moindre soupçon.
Ce roman raconte l’histoire d’une de ses victimes, Samia, une jeune fille de seize ans. Elle ne se confie pas à ses parents, mais consigne tout dans son journal intime, qu’ils découvriront bien après son suicide.
À partir de cette tragédie, les parents de Samia basculent dans un désordre qui révélera leurs lâchetés et leurs travers. Le père, homme intègre, rejoint la cohorte des corrompus. Ensemble, ils s’abîment dans une détestation mutuelle aussi profonde que leur chagrin.
La lumière viendra d’un jeune immigré africain, Viad. Avec douceur et bienveillance, il prendra soin de ce couple moribond. Viad panse les plaies et ramène le souffle de la vie dans la maison. Le pauvre n’est pas celui qu’on croit. Et le miel peut alors venir adoucir l’amertume de ceux qui ont été floués par le destin.

Tahar Ben Jelloun est un auteur d’une grande production littéraire faite de poèmes, de romans, de nouvelles, et d’essais. Traduit en 43 langues, il est l’auteur de langue française le plus traduit dans le monde. Pour La nuit sacrée (Le Seuil) il a obtenu le Prix Goncourt en 1987. On lui doit des documents pédagogiques très remarqués comme Le racisme expliqué à ma fille (1998) – grand succès de librairie traduit en 33 langues -, L’Islam expliqué aux enfants (et à leurs parents) (Le Seuil, 2002), Le terrorisme expliqué à nos enfants (Le Seuil, 2016). Les médias de la presse écrite et audio-visuelle le sollicitent très souvent pour recueillir son opinion sur les événements de l’actualité. Tahar Ben Jelloun est également un peintre de grand talent.

Irène Frain a sélectionné Les yeux de Milos, de Patrick GRAINVILLE (Seuil)

La quête des origines est universelle. Demande éperdue de racines et d’assise: qui peut y échapper ? Il est rare cependant que cette passion des sources conduise à tenter d’élucider l’énigme de la beauté. Dans ” Les yeux de Milos”, de Patrick Grainville, le mystère fondateur est la capture de la lumière par les yeux. Pas ceux de son héros, Milos, qui sont pourtant magnifiques. Ce jeune paléontologue promène sa beauté comme un fardeau. Il préfère de loin celle qu’ont fait jaillir de leurs pinceaux les peintres dont les parcours, depuis toujours, le fascinent et l’obsèdent: ces fabuleux passeurs d’ombre et de lumière que furent Nicolas de Staël et Picasso. 

Le livre de Patrick Grainville est à l’image de son héros. Quoi qu’il arrive à Milos, où que son métier et ses amours le conduisent, la Namibie, l’Indonésie, les grottes d’Altamira en Espagne, un musée londonien,  l’irradiation du regard de ses peintres-culte vient se superposer à ce qu’il vit, et surtout à ce qu’il a vécu lors de son adolescence tourmentée à Antibes. Un roman somptueux et ambigu sur la façon dont l’art, à notre insu, peut façonner nos destins. 

Irène FRAIN

Milos vit sa jeunesse, ses études de paléontologie et ses amours à Antibes, sous l’emprise de deux peintres mythiques, Pablo Picasso et Nicolas de Staël, réunis au musée Picasso, dans le château érigé face à la Méditerranée.
Picasso a connu à Antibes des moments paradisiaques avec la jeune Françoise Gilot, alors que Nicolas de Staël se suicidera en sautant de la terrasse de son atelier, à deux pas du musée. Ces deux destins opposés – la tragédie précoce d’un côté, la longévité triomphante de l’autre – obsèdent Milos. Le jeune homme possède un regard envoûtant, d’un bleu mystérieux, quasi surnaturel, le contraire du regard fulgurant et dominateur de Picasso. Les yeux de Milos vont lui valoir l’amour des femmes et leur haine.

Patrick Grainville est né en 1947 à Villers. En 1976, il a obtenu le prix Goncourt pour Les Flamboyants (Seuil). Il a été élu à l’Académie française en 2018.

Aurélie de Gubernatis a sélectionné Les trois vies de Suzana Baker, de Philippe AMAR (Mazarine)

Je relisais les conclusions du test ADN, je ne me reconnais plus, c’est comme si j’avais vécu 50 ans dans le corps d’une autre », c’est la remarque de Lauren Moore quand elle découvre le résultat d’un test banal qui s’avère bouleverser sa vie.
Pour son troisième roman, Philippe Amar nous propulse au cœur d’une histoire incroyable inspirée de son passé familial qui aborde les secrets de famille, le mystère des origines, la trahison et la résilience et nous amène à nous poser une question fondamentale : sommes-nous pleinement vivants sans notre passé ?

Aurélie de GUBERNATIS

Quand Lauren Moore, professeur d’Histoire contemporaine à Boston, reçoit pour son anniversaire un test génétique destiné à établir ses origines généalogiques, elle trouve le cadeau de sa fille Emily très amusant. Ce test est très en vogue parmi ses collègues historiens.
Quelle n’est cependant pas sa surprise quand elle en découvre  les résultats, divulguant des origines ignorées de tous jusque-là. Une ascendance qui remet en question toute son existence ainsi que celle de sa fille et balaie d’un coup ce qu’on lui a toujours raconté de ses ancêtres.
Qui peut l’aider à résoudre  ce mystère  ? Sa mère Suzana, âgée de quatre-vingt-neuf ans et atteinte de la maladie d’Alzheimer, est dans l’incapacité de l’éclairer. Il semblerait pourtant qu’elle ait caché un secret que personne ne soupçonnait. Pourquoi aurait-elle menti  ? Pour Lauren et sa fille, c’est le début d’un long périple qui les mènera des USA, en passant par la France, jusque dans les contrées lointaines de l’Est européen. Une quête de la vérité, mais aussi la découverte d’une histoire incroyable qui va changer leur vie…

Diplômé en Droit, parolier, puis scénariste pour la télévision et le cinéma, Philippe Amar a publié en 2013, Tous les rêves de ma vie, et en 2019 Le petit roi du monde – tous deux en cours d’adaptation cinématographique. Dans Les trois vies de Suzana Baker, l’auteur mêle l’Histoire à un drame inspiré du passé de sa famille, et nous livre ici un roman débordant d’émotion, de justesse et de suspense

Didier van Cauwelaert a sélectionné Nés de la nuit, de Caroline AUDIBERT (Plon)

De la naissance à la mort (et même après…), l’itinéraire d’un loup du Mercantour vu par lui-même. Ses liens avec sa meute, la montagne, les humains… 
D’une écriture aussi précise que lyrique et sensuelle, la Niçoise Caroline Audibert (prix 30 Millions d’Amis pour son essai “Des loups et des hommes”), nous fait partager dans ce premier roman le regard de ce fauve insaisissable auquel elle voue sa vie. “Ce loup, dit-elle, qui a commencé à écrire une langue en moi, une langue animale qui m’a réappris le monde…”
C’est si réussi qu’une fois la lecture achevée, on a un peu de mal à regagner l’univers des humains.

Didier van CAUWELAERT

« La naissance est aussi déchirante que la mort. Une fine peau me retient. L’incise légère des crocs sépare mon être de son ultime enveloppe. Je suis passé de l’autre côté de la chair.
Mère lèche mon corps réfugié derrière les paupières closes. Sa langue est râpeuse, ce n’est pas la chair du dedans. Mes membres engourdis s’écartent, s’affolent. L’air me cerne, il rôde, se fraie un chemin à travers ma truffe, court dans ma gueule, fouille à l’intérieur, rentre plus encore, gonfle mon poitrail, ça brûle. »
À travers le regard d’un jeune loup du Mercantour se révèle un rapport intime entre la faune, la flore et l’homme. Un roman naturaliste et poétique qui résonne comme une ode à la vie sauvage qui nous fait voir la nature autrement.

Caroline Audibert est journaliste et auteur d’ouvrages sur les Alpes, ainsi que de Des loups et des hommes paru dans la collection « Terre Humaine », couronné par le prix de l’essai 30 millions d’amis. Elle porte un regard sensible et philosophe sur la nature, et l’écologie, au sens d’une manière respectueuse d’habiter le monde, est au cœur de ses préoccupations.

Laurent Seksik a sélectionné Et la peur continue, de Mazarine PINGEOT (Mialet Barrault)

Avec son dernier roman Et la peur continue Mazarine Pingeot brosse le portrait poignant d une femme brisée par l’angoisse du monde et dont rien ne semble parvenir à retenir la chute. Une peur qui fait résonner subtilement à la fois le passé de l’auteur et le présent du lecteur.

Laurent SEKSIK

Lucie a peur. De tout. Si le métro s’arrête entre deux stations, elle pense qu’elle va mourir. Elle craint, lorsqu’elle part travailler le matin, qu’une catastrophe ne survienne, la privant à jamais de revoir son mari et ses enfants. Pourtant, à quarante ans, elle est comblée par un métier qui la passionne et une vie de famille réussie. Mais la disparition brutale d’Héloïse, sa cousine sourde et muette qu’elle chérissait, et celle de Louis, son ami d’enfance, font affleurer un souvenir flou et pénible au goût d’essence et de boue.
Pour se libérer de ce mal étrange, Lucie devra revenir à la source de l’angoisse qui la saisit et l’empêche de vivre. Parce que, oui, la peur est tapie dans l’enfance, enfermée dans la cabane du pêcheur.
Dans ce roman envoûtant et d’une grande justesse, Mazarine Pingeot revient sur la fragilité des vies construites sur des marécages. Et la peur continue est un cri dans ce silence assourdissant.

Romancière, professeure de philosophie et scénariste, Mazarine Pingeot est l’auteure d’une douzaine de romans dont Bouche cousue, Bon petit soldat, Les Invasions quotidiennes et Magda.

Jean-Luc Gagliolo a sélectionné L’enfer, de Gaspard KOENIG (L’Observatoire)

Un conte philosophique aquoiboniste ? Une interrogation drôle sur notre vie, sur notre nombril, sur notre monde de la consommation ? En tous cas une lecture rythmée où l’on découvre l’enfer sous une forme nouvelle et inattendue : un espace où tous les désirs sont satisfaits, où le plaisir règne en maître. Un rêve ou un cauchemar…

Jean-Luc GAGLIOLO

 « C’est là que je réalisai toute mon erreur : je n’étais pas au Paradis, mais en Enfer. La torture éternelle, ce n’était pas la chaux et les pinces, mais un salon d’attente avec sièges inclinables. »Un conte philosophique pour notre époque.

Gaspard Koenig est l’auteur d’une douzaine de romans et d’essais. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris.

Nicolas Galup  a sélectionné La vie légale, de Dominique DUPART (Actes Sud)

La vie légale est une fresque sociale. Une fresque de notre époque post 11 septembre 2001 où vivre est synonyme, pour certaines, de grisaille, de frontières, de lignes de crêtes et d’angoisse. Certaines ? Car les quatre personnages principaux sont des femmes qui nous emmènent dans une France (le Nord) qui galère mais qui frémit. 

Nicolas GALUP

Au lendemain de la Catastrophe qui a ouvert les années 2000 sur les images de deux tours en feu, la jeune Joséphine patiente devant les guichets de l’administration française. Face à elle, les soldats de Vigie Pirate et parmi eux Selim, réfugié du bon côté de la loi après avoir grandi en banlieue. Son devoir, c’est celui de l’ordre face au chaos d’une société désunie. Aux périphéries, il y a tous les autres.
Du parvis de la Préfecture à la Légion étrangère, en passant par la dalle du quartier des Orgues, où les herbes folles n’ont d’autre choix que celui de pousser de travers, se déploie une humanité aux prises avec le réel des grands débats nationaux. Pour qui l’identité fracturée, la violence, les trafics, le mensonge, la religion – voire l’amour – sont des épreuves de la vie. Pour qui la légalité reste un territoire à conquérir.
Avec une voix nouvelle, Dominique Dupart écrit un grand contre-roman national qui raconte la France du XXIe siècle en confrontant l’histoire d’un pays à ses échecs et à ses renoncements.

Dominique Dupart est parisienne, née d’une mère hongroise. Elle a vécu dans le monde arabe, en Allemagne (1 an) et aux États-Unis (2 ans). Elle enseigne à Lille la littérature du XIXe et XXe siècle. Elle a travaillé sur l’éloquence romantique, la vie lyrique, l’engagement critique, et la musique bruitiste. Sur ces sujets, elle a écrit de nombreux articles. Elle a aussi publié, parfois sous alias, dans les revues Multitude, Aujourd’hui Poème, Diakritik, Lundimatin, Médiapart, et elle a également publié quelques tribunes dans le journal Libération. Elle anime depuis plusieurs années la discussion critique intitulée Apostrophe dans ma cuisine, d’abord dans sa cuisine, et ensuite au Centre Beaubourg dans le cadre du Festival Extra (3e année) en compagnie d’Arthémis Johnson. Elle a publié un roman en 2011 dans la collection Laure Limongi aux éditions Léo Scheer : MyrhaTonic. Elle est également l’autrice d’un livre sur la tribune romantique de Lamartine et de ses camarades en 2011 aux éditions Champion : Le lyrisme romantique

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