SYLVAIN TESSON, PRÉSIDENT D’HONNEUR

Cette année le Festival du Livre de Nice prend le large. Et le grand large ! Il s’ouvre à l’aventure ou plutôt aux aventures. Aux explorations et aux exploits. Aux conquêtes, aux épopées, aux équipées. A toutes les entreprises humaines que guide le dépassement de soi. Car si l’aventure ouvre de vastes horizons, si elle remue, si elle agite, elle peut être aussi intime, discrète, intérieure. L’aventure va du lointain au profond. Du carnet d’expédition à la méditation philosophique. Ainsi est-elle la trame de toutes les histoires. Et de tous les livres.
Qui mieux que Sylvain TESSON, écrivain voyageur, cinéaste, pouvait être le président de la 25ème édition du Festival du Livre de Nice ? Auteur de près de quarante livres, il est un aventurier et un poète, un contemplatif et un révolté. Un coureur des bois, des monts, des plaines, et un fin lettré. Le Festival l’attendait : en 2014, son recueil de nouvelles S’abandonner à Vivre* avait reçu le prix Nice Baie des Anges. Il avait déjà été prix Goncourt de la nouvelle en 2009 pour Une vie à coucher dehors*, prix Médicis essai pour Dans les forêts de Sibérie*. Le prix Renaudot vient de lui être décerné pour La panthère des neiges*. Magnifique texte que cette dernière histoire qui parle de beauté et de cruauté, de nature et de confins, de quête, de monde perdu. De l’existence, de la fragilité. Et de tout ce qui incroyablement nous dépasse.
Oui, décidément la vie est une aventure. Sylvain Tesson prend la barre du Festival avec plus de 200 auteurs attendus.

*Ces quatre titres publiés chez Gallimard

Photo © F. Mantovani – Gallimard

Un jour de septembre 1972, avec son ton de clergyman, Jacques Chancel demande à Arletty pourquoi elle a voulu monter sur scène.
« Pour l’aventure ! » répond Arletty de sa voix de métal. Elle avait raison l’enfant du paradis ! L’aventure c’est la curiosité et la curiosité c’est la vie.
En cette année 2020, l’infection planétaire et l’enfermement qui s’en est suivi

(« confinement » en langage administratif) a rendu difficile les départs à l’aventure.
« Restez chez vous et protégez-vous ! » serinait le gouvernement.
« Faites ceci mais pas cela » renchérissaient les bureaucrates.
Ces injonctions ne facilitaient pas la curiosité.
Heureusement, il restait les livres. L’aventure est dans la lecture ! Rester chez soi, première ambition de lecteur. Prions pour qu’on n’entende jamais, parmi toutes les directives gouvernementales : « n’ouvrez pas ce livre ».
En ce moment, en France, la censure gagne un peu de terrain. Pour l’instant, elle n’a pas triomphé. 
Ce serait pire que le pire des virus.

Sylvain Tesson