Eric-Emmanuel Schmitt, président d’honneur

POURQUOI ÉCRIRE ? MILLE ET UNE VIES

A-t on déjà demandé à un pommier pourquoi il fait des pommes ?  Je regrette de ne pas connaître sa réponse car elle pourrait influencer la mienne. La fiction m’est aussi naturelle que la respiration. Avant d’apprendre à lire, j’inventais des histoires, puis j’en composai dès que je sus tracer des lettres sur une page. Mes proches me diagnostiquèrent « écrivain » bien avant que j’en prisse conscience car il me semblait que tout petit garçon et toute petite fille rédigeaient des contes en rentrant à la maison. Il me fallut bien des errances, bien des chemins de traverse, pour réaliser que ce que j’entreprenais spontanément se nommait vocation. Certaines évidences aveuglent. Aujourd’hui, à 58 ans, qu’ai-je compris de mon chemin ? Écrire me relie aux autres. Écrire me crée des intimités inattendues. En écrivant, je deviens femme, vieillard, enfant, romain, japonais, je vis dans une autre peau, une autre âme, un autre temps ou une autre époque. Je vis d’autre vies que ma vie, mille et une vies. Je délivre ces récits de voyage avec soif et enthousiasme puis je les propose à mes lecteurs, qui, à leur tour, profiteront aussi de mille et une vies. Je n’ai donc qu’un seul modèle : Shéhérazade. Pourtant, aucun sultan Shahryar ne me menace de mort. Ou alors, c’est la mort elle-même qui menace ? Écrire pour se mettre définitivement du côté de la vie.

Éric-Emmanuel Schmitt, de l’académie Goncourt

Romancier, dramaturge, nouvelliste, essayiste, Eric-Emmanuel Schmitt est un écrivain aux multiples talents. Un véritable polygraphe. Il a été traduit en 45 langues et son théâtre a été joué dans plus de cinquante pays. Élu en 2012 à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, il est, depuis 2016, membre de l’Académie Goncourt. Il vient de publier tout récemment Madame Pylinska et le secret de Chopin, un conte initiatique, drôle, malin, où la musique se révèle un vrai apprentissage à la vie et à l’amour. Pour Nice, il offre pendant le Festival, l’avant première d’un spectacle autour de Chopin, construit à partir de son livre. Dans Plus tard, je serai un enfant (Bayard 2017), qui rassemble ses entretiens avec la journaliste Catherine Lalanne, Eric-Emmanuel Schmitt raconte son émotion à 8 ans en lisant les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas et son éblouissement à 11 ans en découvrant au théâtre le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Le thème de cette année ne pouvait pas mieux lui correspondre. Sûr que le président du Festival trouvera les mots pour nous parler de sa vocation d’écriture.

Photo © Pascal Ito

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